On sait que depuis toujours le monde du dessin animé se montre créatif, inventif et innovant quelque soit son époque. J’aimerais disserter ici d’un dessin animé qui est devenu culte et qui tient sûrement sa notoriété non pas de son accessibilité aux jeunes ou de ses qualités comiques mais bien de son côté borderline.
Alors que je regardais la télévision je suis tombé, par hasard, sur une chaîne pour jeunes qui rediffusait des épisodes de la légendaire panthère rose. Moi qui n’avais jamais vu, étant enfant, d’aventure de ce félin rose, je me suis rendu compte, avec effarement, que ce dessin animé concentrait une multitude d’éléments qui le rendait, en tout cas intrigant, voire inquiétant ! En effet, plusieurs effets télévisuels créent un sentiment étrange de malaise.
Le principe est simple. A travers des films d’une dizaine de minutes, on peut suivre les aventures d’une panthère de couleur rose humanisée. Outre le fait que cet animal est rose, le personnage ne parle jamais ! Elle évolue dans un décor d’une sobriété hiératique qui se résume à des aplats de couleurs et aux seuls objets utiles à l’intrigue (mais ceux-ci, sont aussi simplifiés à l’extrême), le tout dans une de gamme de couleurs qui s’étend du rose délavé au rose clair ! Le mutisme de la bête et le vide donne à l’ensemble de ce monde onirique (pris dans son sens cauchemardesque) une impression de silence absolu et de néant profond et puissant.
Le silence n’est en effet que suggéré puisqu’il est en fait rythmé par une musique des plus étranges. La bande son se résume à une trompette appuyée par une cymbale nihiliste puis soutenue par une section cuivre qui ne fait que l’accentuer dans sa solitude. Ce jazz sobre, qui résonne est digne d’un polar noir qui se passerait dans un Manhattan des années ’30.
L’angoissante oppression de l’environnement et l’inquiétante ambiance ne sont pas adoucies par le scénario. Composé d’une succession de gags d’un même thème, ce dessin animé use d’un humour absurde qui frôle souvent la folie. De plus, la seule figure humaine est un petit bonhomme schématisé qui est aussi muet que l’héroïne.
Ainsi, dans un milieu hallucinant, vivent, silencieusement, solitairement et apparemment sans but deux êtres aussi déments l’un que l’autre. Cette avatar démoniaque de Tom et Jerry reste pour moi l’œuvre d’un aliéné tourmenté mais génial !
Comment peut-on laisser voir ça à des enfants ?